Charlotte Gainsbourg

Charlotte Gainsbourg

En ces temps incertains où seul le changement est constant, le monde reste ouvert aux musiques nouvelles, celles qui osent exprimer une sensibilité inédite et surprendre les auditeurs. C’est le cas de «IRM», le nouvel album de l’actrice Charlotte Gainsbourg qui, pour sa troisième aventure discographique, a choisi de faire équipe avec l’américain Beck Hansen, l’un des musiciens les plus prolifiques et talentueux de sa génération.

Les deux ont su se maintenir à des sommets d’excellence depuis leurs débuts. Charlotte a commencé à chanter en 1986, à l’âge tendre de treize ans, sur l’album «Charlotte Forever» conçu pour elle par son père Serge Gainsbourg. La même année, elle remportait le César du meilleur espoir féminin pour son rôle dans «l’Effrontée» de Claude Miller. Depuis, prix et distinctions se sont multipliés et, en 2006, son deuxième album «5 :55» s’est classé en tête des charts français.

De son côté, Beck avait 24 ans lorsque son single «Loser» -extrait de l’album «Mellow Gold»- est devenu un hit international en 1994. Il s’est ensuite rapidement imposé comme l’un des innovateurs les plus doués de la décennie et, depuis 15 ans, n’a cessé d’étonner par l’éclectisme malicieux de son abondante production.

Ensemble, ils ont créé un album unique, tantôt lumineux et élégant, tantôt sombre et perturbant. «IRM» est une plongée hypnotique dans les méandres d’une psyché complexe qui envoûtera quiconque prendra le temps de vraiment l’écouter. «Je ne suis ni «grand public», ni «underground», affirme Charlotte en parlant de sa carrière musicale et de fait, «IRM» n’appartient à aucune de ces catégories.

L’album dévoile plutôt un monde musical neuf, où les percussions d’Afrique du Nord se marient harmonieusement à l’electro la plus pointue, où la chanson française et la musique américaine «roots» se rencontrent avec un bonheur tel qu’elles s’enrichissent mutuellement de l’expérience. Appelez cela une nouvelle forme de «world music» si ça vous chante. Plus précisément, il s’agit d’un voyage dans l’univers intime de Charlotte Gainsbourg tel que dévoilé par Beck, un authentique prodige américain au sommet de son art. Voici l’histoire de la création de «IRM» racontée par ses deux protagonistes :

 Charlotte : «après mon dernier album «5 :55», je voulais prendre une nouvelle direction. Je voulais me surprendre. Et je rêvais de travailler avec Beck depuis très longtemps. Notre association a réellement bien fonctionné.»

Beck : «mes amis de Air et Nigel Godrich m’avaient demandé de collaborer au dernier album de Charlotte mais comme j’avais trop de projets en route à l’époque, j’avais dû décliner. Cette fois, dès qu’elle m’a appelé j’ai immédiatement dit oui !»

Charlotte : «on a démarré par une séance de cinq jours pour voir si on pouvait travailler ensemble et ce qui se passerait si on tentait le coup. Trois des chansons de l’album sont issues de ces premiers jours et j’ai adoré l’expérience. J’ai vraiment aimé travailler avec lui et j’ai su que c’était exactement ce que je voulais. Mais cela s’est fait au fur et à mesure.»

 Beck : «je l’ai rencontrée plusieurs fois -la première, il y a cinq ou six ans, et j’ai appris à la connaître un petit peu. Lors de nos sessions, j’ai juste commencé à jouer, à faire de la musique. Il me semble que j’ai composé 10 chansons en quatre jours. Au début, j’essayais seulement d’avancer dans l’obscurité jusqu’à ce que nous trouvions ensemble une résonance.

Je lui ai demandé ce qu’elle pensait jusqu’à ce qu’une osmose se crée entre nous. Je savais que le simple fait de me trouver dans la même pièce qu’elle, ressentir sa personnalité, allait influencer la façon dont j’écrirais les chansons. L’idée de départ, c’était que je sois un «passeur», quelqu’un qui essaye de retranscrire son monde en musique.»

Charlotte : «je ne voulais pas qu’il écrive des chansons dans son coin et me refile ensuite les mélodies et les paroles. Je voulais être impliquée dans le processus créatif. du coup, il s’est lancé à partir de rien, avec moi dans le studio. et il a progressé selon mes réactions, ce que j’avais à dire.

«La première séance s’est étendue sur cinq jours et ensuite il y a eu une longue interruption parce que j’ai du partir en Allemagne pour y travailler sur un film de Lars Von Trier. («antichrist», qui lui a valu de remporter en 2009 le prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes). À mon retour, on s’est retrouvé à Los Angeles pendant trois semaines et ensuite, il y a encore eu deux autres séances de dix jours chacune.

«Beck est extrêmement prolifique, j’ai été bluffée par la quantité de travail qu’il est capable d’abattre. Comme il a pratiquement tout fait, il a également écrit les paroles très vite -je lui montrais des bribes de mes propres écrits qu’il prenait pour base. Ma contribution est importante dans la mesure où j’étais présente à chacune des étapes. D’une certaine façon, il a canalisé ma personnalité. Et une coïncidence étrange s’est produite sur la toute première chanson qu’on essayait de concrétiser, «Master’s Hand».

Beck : «durant cette séance, j’étais épuisé et je me suis mis à gribouiller des paroles sur un bout de papier. L’une des phrases que j’ai trouvée disait «percez ma tête de nombreux trous/que les souvenirs puissent sortir» («drill my head full of holes/to let the memories out».) C’était une métaphore mais ensuite, l’ingénieur du son m’a dit «tu sais, c’est exactement ce qu’il lui est arrivé l’an dernier.» Et je ne savais absolument pas qu’elle avait eu cet accident. (En 2007, Charlotte a été opérée d’urgence à la suite d’une hémorragie cérébrale) nous n’en avions jamais parlé. Pour moi, le véritable début se situe à ce moment précis. 

Charlotte : «il s’est passé plein de petits trucs mystérieux comme ça… j’ai vraiment aimé l’élément «hasardeux» de la chose, ces coïncidences. cet enregistrement doit beaucoup à la spontanéité et au hasard.

Beck : « à partir de là, une sorte d’alchimie bizarre s’est créée entre nous. J’ai écrit les chansons et joué presque toutes les parties instrumentales, mais mon véritable but, c’était de réussir à devenir transparent, pratiquement invisible, afin que l’auditeur ne se concentre que sur elle.»

Charlotte : «la présence de mon père demeure très forte chez moi et autour de moi, et je suis certaine que beck a remarqué ça -je n’ai pas eu à lui dire. Nous n’avons pas vraiment évoqué le sujet. Je n’ai pas ressenti le besoin de savoir ce que Beck connaissait au juste de mon père. Il valait mieux que cela reste caché.»

Beck : «je suis profondément influencé par Serge Gainsbourg et toute la musique française dont il émane, et ce depuis l’enfance. Mais en ce qui concerne Charlotte, j’ai cherché à éviter ces références. Nous ne voulions surtout pas faire un disque retro. La seule exception, c’est la reprise du «Chat du Café des Artistes», une chanson canadienne enregistrée dans les sixties et probablement influencée par Serge. Un morceau remarquable, et de plus Charlotte a pigé tout de suite l’humour des paroles.

«Mais la plupart du temps, j’ai essayé de trouver des sons qui lui correspondent. Ce qui n’est pas une tâche facile dans la mesure où son père a déjà tout exploré. Du reggae au rock orchestral en passant par le jazz et les percussions africaines, il est allé partout, sur tant d’enregistrements définitifs… Charlotte et moi avons repris l’idée des percussions d’Afrique du Nord pour notre propre disque.»

 Charlotte : «je voulais que ma voix sonne très nue sur ce disque. La musique s’y prêtait, c’était plus évident ainsi. plus sincère et honnête. J’entendais constamment dans ma tête le chant des choristes sur le disque «Gainsbourg percussions»: des voix dépouillées, sans artifices. alors, j’ai essayé de chanter sans y penser.

Et beck ne m’a pas «dirigée». Nos séances ressemblaient plutôt à une sorte d’ «atelier musical», un espace où des choses se produisaient sans arrêt et nous y réagissions spontanément. Il a montré un enthousiasme tel qu’il m’a immédiatement donné confiance en moi. Il proposait des idées, et attendait ma réaction. Rien à voir avec un film où le cadre est fixé par avance, le metteur en scène vous dit où il veut en venir et vous y emmène. là, il s’agissait de Beck intégrant mon univers et communiquant avec.»

Beck : «musicalement, elle s’est trouvée, elle a beaucoup appris quant à la manière de procéder. Pour la première fois, elle va donner des concerts. Je l’ai aidée à réunir un groupe. je pense qu’elle a vraiment beaucoup à offrir à la musique. Il se passe des tas de choses dans cette tête-là.»

Tout le monde a plusieurs facettes -mais Charlotte Gainsbourg en a décidément beaucoup. Elle est très intelligente, très forte, incroyablement gentille et très ouverte, même si elle a des idées bien arrêtées sur ce qu’elle aime. c’est quelqu’un de très rare.»

Le même qualificatif peut s’appliquer à l’album «IRM», dont le premier single intitulé «Heaven Can Wait» dévoile un duo entre Charlotte Gainsbourg et Beck. jamais, depuis les jours enfuis où David Bowie collaborait avec Iggy Pop et Lou Reed écrivait pour Nico, deux artistes oeuvrant en commun dans un studio d’enregistrement n’étaient parvenus à un résultat aussi audacieux.

Nick Kent.

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