12.03.2008 Catherine Ringer en interview dans Le Parisien

Catherine Ringer : «Je continue»
Propos recueillis par Emmanuel Marolle

lundi 10 mars 2008 | Le Parisien

La chanteuse des Rita Mitsouko nous a accordé sa première interview depuis la disparition, en novembre dernier, de Fred Chichin, son compagnon et le guitariste du groupe. Elle s'apprête à reprendre la route avec leurs musiciens.

ELLE ARRIVE le visage grave, le regard sombre. Puis Catherine Ringer sourit et vous prend par le bras, avant d'entamer une longue discussion. Rencontrée vendredi après-midi, la chanteuse des Rita Mitsouko balance entre rires et larmes, entre l'envie de chanter au présent et la nostalgie d'une carrière construite à deux.

Elle n'était pas apparue depuis la mort de son compagnon Fred Chichin, emporté par un cancer le 28 novembre dernier, à l'âge de 53 ans. « Je ne voulais pas faire de déclaration à ce moment-là. Si j'intervenais, c'était pour annoncer des concerts. » Dans quelques jours, Catherine Ringer sera à nouveau en scène. Seule.

Dans quel état d'esprit abordez-vous ces concerts ?

Catherine Ringer. Assez sereinement, en fait. C'est la continuité de ce que l'on a fait ensemble sur le début de la tournée, le même répertoire, les mêmes musiciens. Avant la disparition de Fred, j'ai fait une dizaine de concerts toute seule. Un jour, il m'avait déjà dit : « Il y a des moments où je n'ai pas envie de faire autant de scène. Comme toi, tu adores ça, ce serait bien que tu puisses assurer des concerts sans que je sois là. De toute façon, je n'ai pas une présence monstrueuse. Le spectacle, c'est toi, la chanteuse. Derrière, cela pourrait être quelqu'un d'autre. » Quand il est tombé malade, c'est donc ce que l'on a fait, c'était l'occasion. Le soir, on lui téléphonait pour lui raconter comment était le concert. Il était content.

Vous n'étiez pas inquiète ?

Franchement, je ne pensais pas qu'il allait mourir. Je croyais que c'était juste un moment d'épuisement. Il avait eu une hépatite C et avait suivi un traitement assez lourd entre 2001 et 2003. Après, il s'était remis à travailler comme un fou. Fin août, on a fait un dernier concert ensemble, au festival Rock en Seine. Mi-septembre, cela a commencé à ne plus aller. Et son état n'a fait qu'empirer. On ne savait pas ce qui se passait. Les médecins disaient que l'hépatite était à peu près jugulée. C'était en fait un cancer qui n'avait rien à voir.


« En tout cas, les Rita Mitsouko, c'est fini »

Fred voulait que vous continuiez ?


Je pense que oui. Mais on n'a pas eu l'occasion d'en parler. On était trop occupé à savoir si on pouvait envisager une greffe du foie ou pas. Ces nouveaux concerts seront forcément très particuliers, plein d'émotions pour moi, pour le public. Il sera très présent, tout en étant absent. Mais je veux boucler la boucle, terminer l'histoire. J'en ai besoin. Après, je ne sais pas ce qui va se passer. En tout cas, les Rita Mitsouko, c'est fini. J'avais même un moment pensé tourner sous le nom de Tamits, en gardant juste le milieu du nom Rita Mitsouko.

Avez-vous ressenti l'émotion autour de la disparition de Fred ?

Oui. J'ai entendu des commentaires du genre « C'est la fin d'une époque ». J'ai eu beaucoup de témoignages de sympathie sur le site Internet. Cela m'a fait chaud au coeur, c'était un vrai soutien. En revanche, je ne voulais pas d'obsèques publiques. Je n'ai jamais aimé mélanger vie privée et vie publique. Mais je sais que le nouveau single, « Même si », prend une résonance particulière pour les gens. Certains entendent dans le refrain « Si tu disparaissais », alors que c'est « Si tout disparaissait ». J'ai même aussi lu que le clip où j'apparaissais toute seule était prémonitoire, alors qu'il a été fait avant que Fred ne tombe malade.


« Il vaut mieux vivre au présent avec nos souvenirs qu'enfermé dans le passé »

Quand avez-vous recommencé à chanter ?


Juste après la mort de Fred, je me suis isolée, je ne voulais plus voir personne. On a besoin de repenser à la personne qu'on aime et qui n'est plus là. Et puis, je ne pouvais plus chanter, je n'avais plus de voix. Tout était bloqué par l'émotion. Je ne savais même pas si je pourrais rechanter. J'étais trop éteinte intérieurement. Au bout de deux mois, je me suis dit : « Fais des vocalises, va prendre des cours de chant, accompagne-toi à la guitare, au piano. » Cela m'a redonné de l'énergie. Il vaut mieux vivre au présent avec nos souvenirs qu'enfermé dans le passé. Il y a dix jours, je suis retournée pour la première fois dans le studio où l'on travaillait. J'ai enregistré une chanson de Nino Rota, pour un projet de Mauro Gioia que j'avais rencontré sur le spectacle « Concha Bonita » d'Alfredo Arias. Fred avait commencé à s'investir dedans.

Vous voulez continuer la musique ?

Oui, ça, c'est sûr. Je continuerai à chanter. J'ai commencé une chanson, écrit un autre texte. J'en ai toujours fait, même avant de rencontrer Fred, entre 17 et 21 ans. Sur le dernier album, j'ai composé plusieurs chansons. On faisait cela ensemble, moi les textes, lui plutôt la production. Maintenant qu'il n'est plus là, j'ai bien en tête ce qu'il me disait. Il me répétait toujours : « Concentre-toi bien avant les concerts, ne t'éparpille pas. » Je lui répondais : « Oh ! Ça va, eh ! » Désormais, je me le dis, j'ai besoin de l'entendre. Quand la personne n'est plus là, elle continue à vivre en vous.

News précédente News précédente