<strong>Christine and the Queens</strong> l’épopée anglo-saxonne
27.02.2017

Christine and the Queens l’épopée anglo-saxonne

Depuis la rentrée 2015 et la fin de sa tournée des Zéniths français et des festivals estivaux, Héloïse Letissier alias Christine and the Queens, s’est faite beaucoup plus rare sur le sol français. Mais là où en fin de cycle d’un premier album, les artistes s’accordent un peu de repos pour se mettre tranquillement à plancher sur le deuxième, le Chaleur Humaine de Christine a entamé une seconde vie, emmenant sa créatrice dans un nouveau tourbillon de succès et de promotion hors de ses terres natales. Une seconde croisade en terres anglo-saxonnes parachevée récemment par une nomination aux Brit Awards dans la catégorie Meilleure Artiste Féminine Internationale.

LES ÉTATS-UNIS, LA PREMIÈRE MARCHE

Hors de la France, la carrière étrangère du premier album de Christine and the Queens a bien sûr commencé par quelques succès européens : disque de platine en Belgique, en tête des charts irlandais, en deuxième position des charts écossais ou en septième chez nos voisins suisses. Mais pour s’attaquer au marché américain, Christine a entrepris de relifter Chaleur Humaine dans une version internationale, éditée sur le sol US par Neon Gold, label américain à l’origine de l’explosion d’artistes comme Ellie Goulding, Gotye, Haim, Passion Pit ou Charli XCX. Une nouvelle version où les paroles sont réécrites en anglais (“Christine” devient “Tilted”), augmentée de quelques inédits, comme “Jonathan” en duo avec le talentueux songwriter Perfume Genius, ou “No Harm Is Done” avec le rappeur de Philadelphie Tunji Ige. Le disque, renommé Christine and the Queens sortira finalement en octobre 2015. Cette campagne américaine est d’abord saluée par un vrai plébiscite critique, allant des sites branchés (Pitchfork.com lui donne la note de 8/10) aux médias plus populaires comme Billboard qui lui attribue 4 étoiles, signalant qu’il devrait réussir à “charmer tous les sceptiques” et faisant grimper l’album à la septième marche des charts découverte.



La télé aussi lui fait les yeux doux, en novembre 2015 elle chante “Tilted”, “It” et “No Harm Is Done” sur le plateau couru du Daily Show. Onze mois plus tard, c’est sur le plateau de Jimmy Fallon, le late show américain le plus populaire, que Christine revenait pour interpréter “Tilted’. Sans compter la présence du morceau “It” dans la série de Girls (nouvelle qu’elle avait célébrée par une petite danse improvisée postée sur Facebook) et bien sûr une tournée américaine chargée juste après la fin de sa tournée française. Madonna (qui invitera Christine sur scène à Bercy) et Mark Ronson ne tarissent pas d’éloges.



LE CARTON ANGLAIS

Si l’année 2015 fut celle des USA, 2016 fut tout entière consacrée à l’Angleterre, où l’album est sorti en avril. “On y a sorti le disque à peu près deux ans après sa sortie française, précise Jane Third, qui dirige le bureau anglais de Because Music. On attendait le bon moment, on savait que si le public la voyait en live, ça le soufflerait. Ce qui a séduit ici c’est avant tout son charisme, sa façon de bouger tellement unique : c’est une performeuse incroyable, ça peut paraître cliché, mais elle a ce don qui peut obséder les gens, comme on pouvait être obsédé par Maria Callas et sa capacité à communiquer des émotions.”

L’histoire est désormais connue, c’est à Londres qu’est née Christine and the Queens, quand la rencontre d’Héloïse avec des dragqueens bienveillantes a libéré ses ambitions artistiques, pourtant c’est ici qu’elle a défendu son premier album en dernier. Avec une stratégie bien déterminée. “En France, la télé avait tout changé pour Christine alors nous avions pour but premier de la faire jouer chez Jools Holland (un late show anglais, ndr), reprend Jane.” C’est chose faite fin avril et cela a tout changé. “Normalement aucun élément de promotion isolé n’a de réel effet sur les ventes d’un disque, mais ce coup-ci une chose bizarre s’est produite et le soir même elle était n°1 sur iTunes”. Christine enchaîne les radios et les télés. Sur Beats 1, la radio d’Apple, où elle impressionne en rappant. Sur la BBC 1 Radio One, plusieurs fois, où elle reprend même “Sorry” de Beyoncé. Annie Mac, animatrice emblématique de la station, affuble même “Tilted” du prestigieux sceau “Hottest Record In The World, “un titre qu’elle n’accorde d’habitude qu’à des exclusivités, pas à des morceaux qui tournent déjà depuis deux ans, précise Jane”. “Les médias d’ici aiment ce qu’elle représente, son éloquence, son intelligence, c’est une popstar différente, hors du moule. Elle provoque des réactions inhabituelles, les gens deviennent fous. Des gens puissants des médias réclament de la voir, la rencontrer, alors que d’habitude c’est à nous de les persuader de rencontrer nos artistes.”



Autre moment charnière de cette croisade anglaise, une performance remarquée au grand festival Glastonbury au début de l’été. Christine était sur liste d’attente, jusqu’à l’annulation de The Kills et se retrouve à jouer à 15 heures, horaire particulièrement avantageux. “Il pleuvait des trombes d’eau, se souvient Jane. Pourtant tous les festivaliers se sont tournés vers sa performance et après le festival on ne parlait que d’elle”. Un enchaînement de temps forts épaulé par des critiques élogieuses : cinq étoiles chez le prestigieux The Guardian, 4 chez les magazines musicaux Q ou Mojo, quand le NME l’a classé troisième meilleur album de l’année. Chaleur Humaine est devenu le premier album le plus vendu en Angleterre en 2016, coiffant au poteau les nouveaux artistes anglais ou américains et dépassant les 150 000 exemplaires vendus. Consécration, Christine vient d’être nommée dans la catégorie artiste internationale de l’année aux Brit Awards, entourée de superstars comme Rihanna et Beyoncé. “Cette nomination l’a particulièrement touchée, explique Jane. Jusqu’aux larmes”. On saura si le prix est à elle le 22 février.