MOBY

Moby les a transformés en véritables chansons. Destroyed, son neuvième album studio, réunit 15 titres qui sont à la fois atmosphériques, déconcertants, magnifiques et enveloppants. Fort de mélodies qui vous rentrent imperceptiblement dans la tête, cet opus est vraisemblablement le plus riche en refrains accrocheurs de la carrière de Moby depuis le fameux Play qui avait fait un tabac international en 1999
A l'instar de Wait For Me, son prédécesseur sorti en 2009 et très inspiré de la mouvance post-punk, ce nouvel opus tourne le dos aux productions studio ultrasophistiquées leur préférant le charme de réalisations plus brutes dans la lignée de certains pionniers de la scène électro comme Suicide, DAF et Heaven 17 à ses débuts – des artistes qui n'ont pas hésité à signer des projets originaux avec un son brut, devenu bien trop rare au goût de Moby. “Je n'aime pas trop les grosses productions bien léchées, je préfère les vieux disques, les enregistrements de Billie Holiday ou de John Lee Hooker ... même un disque comme Disraeli Gears de Cream : si on l'écoute bien [la qualité technique de l'enregistrement], est désastreuse – mais il y a un son et un feeling extraordinaire. Ce que j'aime dans 'Boogie Chillen'', le premier single de John Lee Hooker, c'est qu'il y a juste une guitare, une voix et un type qui tape sur une boîte, ce qui me laisse donc la place, en tant qu'auditeur, d'entrer dans l'enregistrement ; alors que dans un nouveau morceau pop parfaitement produit avec un son énorme, j'ai l'impression de me retrouver dans une fête avec la musique très fort et où je n'ai pas été invité."
Avec un son un peu crade, Destroyed ne manque certes pas d'espaces, c'est néanmoins un disque fluide et multidimensionnel, réalisé avec la participation d'une myriade de délicieuses chanteuses (Moby, qui confie ne pas beaucoup aimer sa propre voix, se limite à une poignée d'interprétations non moins impressionnantes, réalisées avec un vocodeur Korg à moitié cassé). Riche en intro souvent dissonantes et minimalistes enchaînant inexorablement sur des refrains crescendo, Destroyed laisse transparaître un côté décalé. “La trajectoire de la plupart des chansons est un peu comme celle des insomnies", explique Moby. “Au départ c'est assez déconcertant, mais peu à peu on s'y fait, puis au fil du temps on réalise que c'est plutôt intéressant. Les chansons, minimales au départ, prennent peu à peu de l'ampleur."
Navigant discrètement entre différents styles : des vocodeurs inspirés de Kraftwerk et de l'électronica pointilliste de 'The Broken Places' à l'imparable 'Be The One', du funk mélancolique de 'The Right Thing', en passant par 'The Day' très inspiré de Bowie/Eno, à la pure pop au synthé de 'Blue Moon' et la mélancolie symphonique de 'Lie Down In Darkness', Destroyed est néanmoins un album homogène – à écouter, comme le souligne Moby, dans son intégralité. “Au risque de faire mauvaise impression, je dois avouer que lorsque j'étais gamin, certains albums étaient mes meilleurs amis. J'étais par exemple plus proche de Heaven Up Here d'Echo and the Bunnymen et de Closer de Joy Division que de ma famille et mes amis. J'aime qu'un album soit cohérent, pour moi c'est encore quelque chose de très important."
Le titre de l'album est tiré d'une photographie de Moby, également choisie pour illustrer la pochette, montrant un panneau de signalisation LED avec la phrase : Unattended luggage will be destroyed (tout bagage abandonné sera détruit) qui clignotait mot par mot dans une allée déserte de l'aéroport de La Guardia à New York. Ce titre, qui peut aussi être considéré comme un clin d'oeil au célèbre aphorisme de Pablo Picasso : "Tout acte de création est d'abord un acte de destruction", est avant tout pour Moby l'expression de l'état psychologique dans lequel plonge une vie en mouvement quasi perpétuel. “Tous ceux qui ont beaucoup, ou même un peu, voyagé savent ce que c'est d'échouer dans un aéroport, un hôtel, où tout semble à la fois vaguement familier mais déconcertant. On se retrouve par exemple dans un aéroport à Singapour où tout paraît normal, sauf que nos rythmes circadiens sont complètement perturbés, qu'on n'a pas bien mangé, pas dormi, que l'éclairage est inutilement fort et qu'on se sent étrangement sale ... et là, vous vous sentez 'détruit'.
Destroyed se caractérise également par le choix des titres des chansons, la plupart s'inspirant des livres préférés de Moby. Le bouleversant 'Lie Down In Darkness' est par exemple le titre d'un roman de William Styron (Un lit de ténèbres en français), tandis que 'The Violent Bear It Away' et l'instrumental 'Victoria Lucas' (La cloche de détresse) rendent hommage respectivement aux romans de Flannery O'Connor et de Sylvia Plath. Une démarche qui n'est guère surprenante de la part de l'arrière-arrière petit neveu d'Herman Melville, auteur de l'une des oeuvres majeures de la littérature américaine, Moby Dick.
Un livre d'art, intitulé Destroyed, réunissant des photographies de Moby sortira en même temps que l'album. C'est un ouvrage, tantôt sombre ou amusant, souvent d'une grande beauté, qui rassemblent des images saisies par Moby aux cours de ses nombreuses pérégrinations aux quatre coins de la planète, témoignant comme les chansons, de l'étrangeté et de l'aspect artificiel de ces non-lieux ainsi que du côté abstrait de ces multiples voyages internationaux. Craignant d'apparaître comme ces nombreuses stars dilettantes, Moby n'a accepté de publier ses photos que sur les conseils d'amis de confiance fréquentant les milieux artistiques de New York et LA. Ex-étudiant en cinéma et photographie à la State University of New York, Moby ne s'est pas subitement découvert un intérêt pour la photo. Il s'y intéresse en effet depuis l'âge de dix ans, lorsque son oncle Joseph, photographe au New York Time, lui a offert un Nikon F comme cadeau de Noël.
La musique, la photographie et la littérature nourrissent, semble-t-il, la créativité de Moby – sans oublier également que son nom apparaît aux génériques de plus de 300 films hollywoodiens (notamment Les trois prochains jours de Paul Haggis, dans lequel figure le titre 'Be The One', extrait de Destroyed, ainsi que d'autres titres de Moby). Moby est certes peut-être un érudit, mais comme il le reconnaît librement, la musique demeure pour lui le centre de tout. “J'ai commencé à faire de la musique, parce qu'aucune autre forme d'art ne me touchait à ce point quand j'étais gamin. J'aimais la photographie, la sculpture, les livres, la peinture, mais rien de tout cela n'avait un impact aussi profond en moi que la musique. 40 ans plus tard, c'est toujours la musique qui m'obsède, peut-être plus que jamais. “
Quoi qu'il en soit, Destroyed témoigne de cette éternelle fascination. Fort de cette certitude, peut-être que Moby va pouvoir maintenant profiter d'une bonne nuit de sommeil. Il la mérite largement.
MUSIC VIDEOS
The Day
Be The One
Mistake
One Time We Lived
Pale Horses
Shot In The Back Of The Head
Wait For Me
Lie Down In Darkness
NEWS
2012-05-03
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2011-11-01
Nouvelle version de l'album de Moby !
2011-08-22
Nouveau clip de Moby 'Lie Down In Darkness'
2011-08-01
Sortie du nouvel EP de MOBY « Lie Down In Darkness »
2011-07-27
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Moby - Nouvel Album
2011-05-09
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2010-05-17
NOUVEL ALBUM DE MOBY "Wait for me remixes"
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