Yelle

Yelle

« Complètement fou ». En plus de contribuer à décrire la pop électronique de Yelle, allègrement folle, c’est une expression parfaite pour qualifier la progression atypique du groupe. Il a pris son temps entre des albums qui l’ont propulsé sous les feux de la rampe, a mis un point d’honneur à chanter toutes ses chansons pétillantes dans sa langue natale, s’est moqué de ses pairs, a tourné à plusieurs reprises dans le monde entier et ne s’est fait rattraper par aucune mode. Et aujourd’hui, Yelle publie un album produit par Dr. Luke et son équipe. Complètement fou donc.

Le troisième opus de Yelle paraîtra sur Kemosabe Records, le label du faiseur de tubes américain, et cette association inattendue tombe pourtant sous le sens. Le nom de ces frenchies a beau n’avoir jamais été associé, comme Katy Perry, Robin Thicke ou Britney Spears, à celui du producteur star, leur originalité vocale et la qualité de leur songwriting leur auront permis de passer bien des frontières. Bien sûr, ils voient les choses différemment. “Nous ne faisons que ce que nous aimons, dit Yelle, née Julie Budet. C’est notre seule règle. Au bout du compte, c’est ce qui définit Yelle : la spontanéité.”

“Complètement fou” est l’aventure d’une rencontre un peu folle, avec Dr. Luke et son équipe donc. Il y a quelques années, Yelle remixait le tube de Katy Perry, « Hot n Cold », initialement produit par Dr Luke. Remix pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Peu après le groupe jouait à Los Angeles, Dr Luke dans le public, alors incognito. Quelques années passent. Enfin en 2013, le groupe – alors en pleine écriture de leurs nouveaux morceaux – est contacté par le producteur américain. Skype informels, suggestion de collaboration, idées qui fusent, Yelle n’a alors pourtant guère idée de qui est Dr Luke, de son statut de superstar. S’ensuivent une rencontre, des séances de travail à Los Angeles, la collaboration est scellée.

Et une fois encore, ce disque est du pur Yelle. “Complètement fou” est à la fois sauvage et ironique, festif et mélancolique, sensuel et étrange, puissant et drôle. GrandMarnier (Jean-François Perrier), son cofondateur et compositeur clé, a jeté les bases de toutes les chansons. Après quoi, Luke et son équipe ont accentué ce qui existait déjà plutôt que d’inventer une nouvelle identité. Bien qu’inédite, cette collaboration a permis de faire évoluer le son synthétique de “Safari Disco Club” de 2011.

Il suffit d’écouter la chanson-titre de l’album pour capter cette puissance. “Complètement fou” démarre par des claviers rave hachés, des sonorités de séquenceurs, une méchante grosse caisse et des effets espiègles à la Basement Jaxx. Puis on entend la voix de Yelle – quelque chose de transcendant qui complète à merveille cette débauche électronique. Tandis que “Coca sans bulles” jette un pont entre la bizarrerie de l’electro des années 80 et la disco de Daft Punk, “Jeune fille garnement” déferle comme la techno outrée de The Knife. “Ba$$in” fait tournoyer le rap avec l’eurodance, et “Dire qu’on va tous mourir” sonne comme du R&B filtré par Oneohtrix.

Et puis, il y a “Moteur action”, une chanson dont la désinvolture estivale évoque une balade en voiture décapotable sur l’autoroute, énormes lunettes de soleil posées sur le nez, foulard au vent. Mais connaissant Yelle, les paroles ne sont pas aussi légères que ces “oohs” exubérants pourraient le laisser entendre. Notre héroïne déclare que des thèmes tels que “les relations, l’amour, les corps, la dance, la sensualité et la mort”sont ceux du disque. L’extase n’est pas absente non plus. “Nuit de baise” est plus qu’éloquent, mais “Florence en Italie” trouve son inspiration dans le syndrome de Stendhal, qui fait se pâmer et s’évanouir ceux qui sont trop sensibles à certaines œuvres d’art.

Yelle a également fait appel à un coauteur pour “Complètement fou” : “un dandy français nommé Jérôme Echenoz, dit-elle, mieux connu sous le nom de Tacteel (de TTC, pour ceux qui se rappellent des détails de “Pop Up”, l’album de Yelle de 2007). Nous faisions tout nous-mêmes, et on a fini par ouvrir le cercle car on adore les gens !” Elle insiste sur le fait qu’il n’y a là aucune chanson règlement de compte dans l’esprit de “Je veux te voir”, juste “quelques allusions par-ci, par-là… Rien de personnel, plutôt des choses à propos de la société.” Il faut savoir qu’elle cite “Candide”, la fameuse satire de Voltaire de 1759, parmi les influences de l’album.

Aujourd’hui, Yelle est dans le même état d’esprit qu’en 2000, lorsque, meilleurs amis du monde, ces deux-là s’appelaient encore Julie et Jean-François. A l’origine, ils ont choisi YEL (acronyme de “You Enjoy Life”), mais le fait d’avoir féminisé et francisé ce nom correspond encore mieux à leur projet. On crie (yell en anglais) lorsqu’on est heureux de la manière dont va le monde, et on crie quand elle nous déplaît. Mais en vérité, c’est lorsqu’on est complètement fou qu’on crie le mieux.

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