SoKo

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A l’intérieur de chaque punk, il y a un gosse qui ne demande qu’à être aimé. Armée de ses pertes, de son chagrin et d’une voix qui appelle au secours, Soko, l’enchanteresse aux talents multiples, fait partie de ces rebelles qui distribuent les baisers plutôt que les coups de poing, qui dérobent les cœurs plutôt que les portefeuilles, et qui se saoulent au thé plutôt qu’à l’alcool. Pour autant, elle n’hésite pas à semer la panique sur scène à chaque fois qu’elle en aura l’occasion, jouant indifféremment de la guitare électrique noyée dans la réverbe, de la basse, des claviers et de la batterie, et chantant à gorge déployée.

La musique de Soko, ex-singer-songwriter à la voix douce, est désormais à la hauteur de son indomptable personnalité. Trois ans après “I Thought I Was An Alien”, son premier album, elle sera de retour en mars 2015 avec “My Dreams Dictate My Reality”, un disque plus insolent qui prouve que son folk morbide a perdu de son innocence. Produit par le légendaire Ross Robinson (qui a également travaillé avec The Cure, son groupe préféré), l’album abrite “Love Trap”, le duo hypnotisant avec son ami, sorcier du lo-fi, Ariel Pink.

Après sept mois d’affinage chez Robinson à Venice Beach, l’essence de Soko est devenue une potion à base de comptines inspirées par la musique gothique des années 80, relevée d’un rai de soleil californien. Le principal ingrédient, son ouverture d’esprit déstabilisante, contribue à faire des textes de l’album les plus honnêtes et désarmants de tous les temps. “J’avais envie d’un disque plus gai, mais qui soit tout de même sombre, tout en donnant envie de rêver, dit-elle, mais j’ai préféré m’entourer de sonorités punk et gothiques. J’ai joué toutes les basses sur ce disque, ce qui est une première. Je suis littéralement obsédée par une basse baryton Fender VI. J’ai mis beaucoup d’effet chorus et de réverbe sur tout et je me suis prise pour Robert Smith dans les années 80. J’ai tout mis en œuvre pour être la plus honnête possible devant le micro. Ross Robinson était le seul susceptible de pouvoir saisir ces instants.”

Soko est finalement devenue l’adolescente rebelle qu’elle n’avait pas encore été. L’année dernière, elle a tailladé et teint ses cheveux, optant pour un look de fille illégitime d’Andy Warhol, est passée de hippie à gothique blanche, a bécoté un parfait étranger dans le clip viral de “First Kiss” et a vu “We Might Be Dead By Tomorrow”, sa ballade cruciale, grimper en flèche au sommet des charts du Billboard. Elle a prêté sa voix à la substitut sexuelle humaine d’un ordinateur dans “Her”, le film de Spike Jonze, collaboré avec Anton Newcombe de Brian Jonestown Massacre sur son prochain album, chanté et crié sur “Pom Pom”, l’album d’Ariel Pink, et écrit et chanté plusieurs titres de “Vibes”, celui de Theophilus London, parmi lesquels le brûlant “Smoke”. Au lieu de surfer sur le succès de cette année explosive, Soko a choisi d’aller de l’avant, de concevoir elle-même la pochette de son album, et de diriger et produire ses propres vidéos.

Amoureuse professionnelle, Soko se livre totalement à tous ceux qui croisent son chemin. Que ce soit en lever de rideau de la tournée des grandes salles américaines de Foster The People ou dans des clubs plus intimes (qu’elle préfère), elle irradie d’émotion pure. Elle se confie à son public, l’invitant inlassablement à un voyage à travers ses joies et ses douleurs, au point que pleurer avec elle fait qu’on se sent bien. L’énergie libertaire de ses concerts témoigne de sa vie sentimentale. Elle aime être dans l’instant, sans tenir compte du genre ou des conventions sociales. Lors d’un de ses concerts à New York l’automne dernier, tandis qu’elle interprétait un nouveau morceau, “Who Wears The Pants”, un hymne gay qu’elle qualifie elle-même de chanson la plus lesbienne de son répertoire, elle a hurlé aux spectateurs d’enlever leur chemise et s’est mise à danser seins nus avec des bretelles à rayures, des creepers aux pieds et un rat vivant sur l’épaule, au milieu d’une foule désireuse de se désinhiber. Se débarrasser de ses vêtements est banal pour une poétesse en réflexion perpétuelle qui se met régulièrement à nu devant les foules en chantant, dans “Ocean Of Tears” : “Je croyais être une sorcière / Etais-je responsable de la mort de tous les gens que j’ai aimés le plus ?”

Etre une punk sensible n’est pas une mince affaire. Soko est une équilibriste au quotidien : “Je suis déchirée entre le besoin d’être forte et stable dans ma vie et l’impression d’être en permanence une pleureuse maudite et de n’écrire qu’à propos des tourments qu’implique cette condition. Je tiens à tout contrôler, je travaille sans cesse. Je déprime dès que je ne crée pas. Je n’écris qu’en situation de vulnérabilité et uniquement à propos des choses qui me semblent vitales, que j’essaie de comprendre ce qui se passe vraiment dans ma tête et mon cœur, que je m’interroge sur le but de la vie ou sur ma peur de la mort. Je veux que mes chansons soient le reflet de mon esprit bizarre, comme si je prenais une photo musicale de ce qui se passe dans ma tête et reversais tout dans mes chansons, afin qu’on puisse lire tout ce qu’il y a en moi.”

Du début à la fin, comme Soko l’explique dans “Temporary Mood Swings”, “My Dreams Dictate My Reality” déborde d’anxiété, de cris et d’un chaos magnifique. Mais le côté volage de Soko vient du fait qu’elle se sent “victime de son propre désir.” Dans cette chanson, elle donne l’impression de mendier de la rédemption. Dans “Peter Pan Syndrome”, elle exprime une conscience excessive de sa propre mortalité, et sa voix sonne comme celle de quelqu’un qui lutte vaillamment contre l’effet du temps. Cette intensité tient d’avantage d’un besoin de revenir en arrière que de se révolter.

A l’âge de seize ans, avant d’être une punk de vingt ans et quelque, Soko était une adulte sûre d’elle qui partait seule de son village près de Bordeaux. Elle a mené une carrière d’actrice qui lui a permis de décrocher une nomination aux César et une récompense (Meilleure actrice) au Mar Del Plata International Film Festival pour sa prestation dans “Augustine”. Ce qui lui arrive est la glorieuse conséquence d’une enfance passée à se sentir à côté de la plaque et à essayer de comprendre les pertes qu’elle a subies lorsqu’elle était plus jeune. Le nouvel album de Soko est autant une confrontation avec ce passé sombre que la manifestation d’une nouvelle réalité.

“Je n’aspirais qu’à être une enfant insouciante et à vivre normalement, explique-t-elle, mais la vie m’a frappée de plein fouet en faisant disparaître les gens autour de moi : mon père, mes grands-parents, tant de membres de ma famille. C’est comme si on m’avait volé mon enfance et obligée à affronter trop de réalités, à être trop consciente de choses dont on ne devrait pas se soucier lorsqu’on est enfant, la mort par exemple. J’ai grandi trop vite, trop tôt, alors j’ai envie qu’on me rende ces années-là. Ce disque traite de tout ça : me permettre de rêver d’une meilleure vie que ce que la réalité à offrir.”

Soko s’est totalement investie dans ce projet, prenant toute la mesure de son passé sombre qu’elle a converti en performances totalement décomplexées. Le titre d’ouverture, “I Come In Peace”, est son manifeste de survie, l’acceptation des pertes qu’elle a subies. “My Dreams Dictate My Reality” est un requiem pour ce qu’elle était avant. Elle invite l’auditeur à la rejoindre tandis qu’elle fait la paix avec ses vieux démons. La chanson donne l’impression de couler de ses veines et l’expérience est contagieuse.

C’est certainement Robinson qui parle le mieux d’elle : “Pour Soko, c’est la musique ou la mort.” 

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Music Videos
Various Artists 1/13
  • Sweet Sound of Ignorance (Official Video)
    Sweet Sound of Ignorance (Official Video)
    SOKO
  • Ocean Of Tears
    Ocean Of Tears
    SOKO
  • MONSTER LOVE (incl. I Just Want To Make It New With You)
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    SOKO
  • TONIGHT WILL BE FINE ( Leonard Cohen )
    TONIGHT WILL BE FINE ( Leonard Cohen )
    SOKO & LOW ROAR & CHRISTINE OWMAN
  • Destruction Of The Disgusting Ugly Hate ( Official Video )
    Destruction Of The Disgusting Ugly Hate ( Official Video )
    SOKO
  • We Might Be Dead By Tomorrow
    We Might Be Dead By Tomorrow
    SOKO
  • I Thought I Was An Alien
    I Thought I Was An Alien
    SOKO
  • YOU Have A Power On ME
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    SOKO
  •  First Love Never Die
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    SOKO
  •  I've Been Alone Too Long
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    SOKO
  • No More Home, No More Love
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    SOKO
  • Temporary Mood Swings
    Temporary Mood Swings
    Soko
  • Lovetrap feat. Ariel Pink (Official Video)
    Lovetrap feat. Ariel Pink (Official Video)
    SOKO

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