Silversun Pickups

Silversun Pickups

Better Nature

« Cet album a comme un univers quantique propre », dit Brian Aubert, le chanteur et guitariste des Silversun Pickups. « Il est un peu instable ».

Pour Better Nature, son dernier album depuis plus de trois ans, le groupe de Silverlake en Californie a fait appel au producteur Jacknife Lee (U2, Two Door Cinema Club, Crystal Castles), avec qui il avait déjà collaboré pour son album visionnaire de 2012, Neck of the Woods. Les chansons ont été crées et élaborées dans le studio de Lee à Topanga à partir des démos volontairement minimalistes du chanteur-guitariste Brian Aubert (voir le tracklisting plus bas). Le résultat est fluide et libre, « truffé », selon Aubert, de guitares poussées au max, de rythmes propulsifs et de textures apparemment infinies.

Alan Moulder (My Bloody Valentine, Nine Inch Nails, Royal Blood), ingénieur du son récompensé par un Grammy Award, s’est chargé du mix pour y apporter une puissance maximale. Mais au cœur battant de l’album on trouve toujours la coopération intuitive des membres de Silversun Pickups qui apportent un panorama musical en contrepoint avec le lyrisme incisif et toujours plus intime d’Aubert. Plus riche, chaleureux et évocateur que jamais, Better Nature est leur album le plus humain à date. « Je vais vous dire quelques chose qui me fait un peu peur », confie Aubert. « Ce disque, je l’aime. D’habitude, je me dit qu’on a fait de notre mieux ! Mais celui-ci, c’est bizarre – on l’aime tous vraiment ».

Silversun Pickups est l’un des groupes de rock les plus créatifs de notre époque et a rencontré le succès grâce à un mélange unique de mélodie éthérées et de pure force sonique. De la salve rock indé de leur EP Pikul en 2005 à l’audacieux Neck of the Woods en 2012, le groupe n’a eu de cesse d’explorer de nouveaux terrains avec bravoure, poussant son imagination et son talent vers de nouveaux sommets inattendus. Better Naturemarque la première sortie du label du groupe, New machine Recordings – qui tient son nom du hit ‘…All The Go Inbetweens’ tiré du EP Pikul – permet au groupe de tracer son propre chemin sans interférences venant d’en haut. « Ce disque est complètement indé », s’amuse Aubert. « On est peut-être un peu fous, mais ça ne change pas grand chose pour nous, sauf qu’on contrôle mieux ce qu’on fait ». La première décision des Silversun Pickups comme patrons de label aura été de travailler à nouveau avec le producteur Jacknife Lee dans son studio de Topanga, ce qui leur a permit de travailler près de chez eux pendant la fabrication du disque.

« Les gens nous demandent toujours pourquoi on ne va pas faire un disque ailleurs », dit Aubert, « mais, si on faisait ça, quand est-ce qu’on passerait du temps chez nous ? C’est ma seule occasion d’être à Los Angeles. Si je ne suis pas là en ce moment, quand est-ce que je vais voir ces gens ? On a vite appris – on ne s’est pas trop préoccupés de notre vie de famille et on est rentrés de tournée pour retrouver un univers chancelant et dégradé. On s’est tout  de suite rendus compte qu’il fallait trouver une solution pour faire ce qu’on fait et quand-même garder une vie ; et on y est arrivés ».

Aubert note aussi que la première fois qu’ils collaborent avec quelqu’un, c’est toujours un peu timide et hésitant ; c’est au cours de la deuxième collaboration qu’ils se détendent et sont plus créatifs. Ayant déjà créé une relation de travail sur Neck of the Woods, Silversun Pickups et Lee étaient non seulement à l’aise, mais ils savaient que cela fonctionnait. « C’est fluide et rapide », dit Aubert. « On a les mêmes discussions et les mêmes débats, mais c’est amical, on est plus proches qu’avant. On n’a plus à tout lui expliquer, il nous connaît».

Aubert a commencé à écrire de nouvelles chansons quand le groupe est rentré en Californie après presque deux ans de tournée. Il a préparé le nouvel album en enregistrant une série de démos très minimalistes avec le claviériste Joe Lester dans la salle de répétitions du groupe, la plupart sans paroles, d’autres avec juste des ébauches de mélodies et de sons. Silversun Pickups a pris ces « squelettes » et « a utilisé le studio pour être créatifs », dit Aubert, « pour improviser. Pour ne pas être trop limités ». Se basant sur des maquettes très sommaires, le groupe s’est reposé sur son interactivité innée pour créer quelque chose qui ressemble à chaque membre du groupe.

« On obtient un certain son uniquement quand on se réunit tous les quatre », dit Aubert. « On peut s’aventurer de plus en plus loin parce qu’au bout du compte on sait que c’est quelque chose qui ne changera pas. Ce sera moi et ce sera eux. Il y a quelque chose d’immuable, qu’on le veuille ou non ».

Là où Neck of the Woods était « volontairement nostalgique », Better Nature a été pensé comme un instantané de Silversun Pickups à ce moment précis. « Ca nous a paru très actuel », dit Aubert. « Très ici et maintenant. On fait ça depuis un moment maintenant et cette fois-ci je voulais qu’on apprécie vraiment le processus, qu’on s’amuse, qu’on donne tout. Je voulais juste que ça sorte, sans trop réfléchir. Je voulais juste exister ».

Silversun Pickups a observé la même approche Zen durant les séances d’enregistrement. Par le passé, le groupe avait répété les chansons jusqu’à atteindre la perfection avant d’aller en studio, s’assurant que tout était inscrit dans leur mémoire musculaire avant d’appuyer sur le bouton d’enregistrement. Cette fois, ils ont retiré ce filet de sécurité.

« On n’avait jamais joué ces chansons de bout en bout, tous ensemble » dit Aubert, « mais c’est plus organique, parce qu’on a tout créé ensemble. On tient le destin de ces chansons dans nos mains. On a le squelette ; comment mettre de la chair dessus ? ». Les séances d’enregistrement étaient volontairement peu structurées, ce qui ne veut pas dire que le groupe n’était pas préparé. Aubert cite des influences pour cet album qui vont de Sparklehorse à la fameuse émission de NPR, Radiolab ; le but du groupe étant de créer « quelque chose d’inexistant qui sonne comme si ça existait ».

« On voulait que ce soit gros et grandiloquent », dit Aubert. « On voulait des moment étranges – Double tempo ! Accords barrés ! Hurlements ! Bruits de singes ! Les guitares allaient à nouveau gémir, il fallait des solos bruyants. On voulait que les choses vous arrivent en pleine face ».

Le groupe a travaillé rapidement, malgré le manque de préparation, puisqu’il a enregistré l’album sur un total de 30 jours entre octobre 2014 et début 2015, sortant des morceaux bien ficelés de courtes sessions bien concentrées.

« C’était bizarre », dit Aubert. « La fabrication de cet album a été aussi intense que les autres, mais aussi très concentrée. Je pense qu’après toutes ces années, on a appris à ne plus perdre de temps. Au départ, on s’en foutait ; mais maintenant on préfère y aller, faire cinq heures à fond et rentrer chez nous. On a besoin de faire ce qu’on fait, de le faire intensément, mais on a aussi besoin de faire autre chose à côté. De ne pas être complètement absorbés par ça ». Une forte ambiance créative a été établie où « personne ne savait qui allait faire quoi et quand ». Les instruments étaient prêts à l’usage à tout moment ; Aubert a même enregistré des voix sans casque en utilisant un micro multidirectionnel pour « juste chanter dans la pièce ».

« Le dernier album était bien ficelé », dit Aubert, « mais il fallait que celui-ci soit libre ».

Better Nature est donc Silversun Pickups à son plus souple; ‘Pins and Needles’ est faite de riffs galopants et de beats cinétiques alors que ‘Friendly Fires’ a un rythme lent et se consume doucement. Co-écrite et chantée avec Monninger, ‘Circadian Rhythms (Let’s Dance)’ est faite d’une pop moderne audacieuse, « le genre de chanson qu’on aurait évitée par le passé », dit Aubert. « Il a fallu se rappeler que c’est ce qu’on essayait de faire, qu’on n’avait plus peur de rien ».

Better Nature ouvre un nombre de chemins jamais parcourus, le groupe se permettant de s’attaquer à des morceaux qui auparavant étaient l’antithèse du style de Silversun. ‘Nightlight’, le premier single incandescent de l’album, est porté haut par un refrain entêtant qui sort des habituels hooks du groupe. « Je me souviens m’être dit qu’on ne devrait pas le faire », dit Aubert, « mais j’ai fini par me dire, pourquoi pas ? Faisons-le, on s’en fout ! »

L’ouverture d’esprit du groupe se ressent à chaque étape, de l’incorporation d’éléments tirés des démos lo-fi d’Aubert et Lester au fait d’abandonner les recettes instrumentales bien rodées pour des créations remarquables de spontanéité. Silversun Pickups a lâché du mou à chaque tournant, laissant les sons changer et prendre d’autres formes au gré des événements. L’enregistrement de ‘Tapedeck’ aura été autant « une sacrée aventure » que le morceau constamment déviant lui-même. « On travaillais sur ce morceau et, le même jour, Jacknife a acheté un vibraphone », dit Aubert. « On a dit, Nikki, tu devrais apprendre à en jouer. On n’avait jamais fait ça avant. Donc, Nikki est partie dans un coin pendant une heure ou deux et quand elle est revenue elle jouait du vibraphone. Ce genre de moment nous était interdit avant, on n’aurait jamais saisi ce genre d’opportunité ».

Harmonieux et intime, extravagant et profondément personnel, Better Nature est l’d’un groupe en contact direct avec son inspiration et avec eux-mêmes. Silversun Pickups a une fois de plus réussi le tour de force d’être complètement contemporain tout en étant tourné vers l’avenir, maintenant plus que jamais, quelques pas devant tout le monde.

« Le gens qui nous entourent aiment généralement mieux l’album qu’on avait sorti avant», dit Aubert. « Pikul était un EP fait avec des bouts de ficelle, puis, avec Carnavas, tout le monde trouvait ça un peu trop propre. On a sorti Swoon, qui était très rêveur, et les gens disaient qu’ils préféraient Carnavas. Puis, avec Neck of the Woods, les gens disaient que c’était très différent de Swoon. On a hâte de sortir cet album pour que les gens nous disent qu’ils préféraient celui d’avant ».

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