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BIOGRAPHIE

Nino Rota, grand couturier sonore de la Dolce Vita, de La Strada, du Parrain, de Rocco et ses frères ou de Roméo et Juliette, n'a pas simplement tissé quelques unes des bandes-son les plus enchanteresses de l'histoire du cinéma. Le compositeur fétiche de Fellini est aussi à l'origine d'un impressionnant répertoire de chansons. 

Cet ancien enfant prodige, formé, dans les années 1920, par des grands maîtres de la musique classique italienne _ Pizzetti, Casella, Toscanini _, aurait même composé ses premiers refrains dès l'âge de 6 ans. Rapidement attiré par la musique populaire et l'illustration sonore, il a ensuite continué à fournir en chansons le cinéma, le théâtre, le music-hall et les variétés, parallèlement à son travail sur les bandes originales de film et ses oeuvres symphoniques et opératiques. Directement écrits par lui ou inspirés par ses thèmes, ces morceaux ont connu une myriade d'interprètes _ de Sydney Bechet à Dalida, de Luis Mariano à Caetano Veloso _ et des succès internationaux (les dizaines de versions, par exemple, de Speak Softly Love, la chanson tirée du Parrain de Francis Ford Coppola) sans qu'on les identifie toujours au compositeur de Huit et demi. 

C'est dans cette profusion labyrinthique que s'est engouffré Mauro Gioia. Né à Milan, comme Nino Rota, mais grandi à Naples, cet homme de théâtre-chanteur s'est souvent attaché à porter sur scène les facettes les plus troublantes et oniriques de la musique populaire italienne. « Je ne suis pas un chanteur » dit-il, « mais un scénographe qui chante, qui évoque, qui décrit ». 

Fasciné par l'éclectisme du talent de Rota et la puissance évocatrice de ses mélodies, Mauro Gioia explorera, de 78 tours en partitions, de fouilles sur Internet en disquaires pour collectionneurs, ce corpus foisonnant de chansons. En 2003, un spectacle, Cabaret Nino Rota, mis en scène par Alfredo Arias, naîtra de cette passion, le temps de 300 représentations qui passeront, entre autres, par Madrid, Buenos-Aires, Rome et Paris. 

En France, Catherine Ringer (avec qui Mauro avait partagé la scène, en 2002, dans une comédie musicale, Concha Bonita, également mis en scène par Arias) et Fred Chichin, assistent au spectacle et repartent avec une maquette de chansons de Rota que Gioia a enregistré avec un des plus fins arrangeurs italiens : Tonino Esposito. 

L'aventure s'accélère quelques mois plus tard. Guitariste rock aux origines italiennes, Fred Chichin apportera au projet sa vision décisive de producteur. « Il m'a conseillé de donner une dimension plus contemporaine à ce disque » se souvient Mauro, « il m'a aussi suggéré de partager ce projet avec d'autres artistes, d'enregistrer des duos, à commencer par une chanson avec Catherine ». Le guitariste des Rita Mitsouko aidera également le chanteur Napolitain lors de l'enregistrement de ses voix, le guidant dans le choix du timbre et des styles à donner aux duos. 

Le concept de Rendez-vous chez Nino Rota pouvait alors s'épanouir. Avec une cohérence toute fellinienne, le chanteur a choisi de s'entourer de fortes personnalités féminines, des chanteuses à l'aura d'icônes capables d'inscrire leur imaginaire dans des chansons déjà chargées d'histoire. 

Aux côtés de Catherine Ringer, qui, après la disparition de Fred Chichin, prendra la direction artistique du projet, on retrouve une distribution internationale de rêve. L'Espagnole Martirio, la Portugaise Maria de Medeiros, l'Allemande Ute Lemper, la Brésilienne Adriana Calcanhoto, l'Argentine Susana Rinaldi et la chanteuse du groupe Texas, l'Ecossaise Sharleen Spiteri, entourent un Mauro Gioia à la fois fragile et plein d'allant, distingué et décadent. 

Figure du renouveau du flamenco, Martirio s'empare de Parlami Di Me, tiré de la Dolce Vita, en mêlant les parfums de la movida madrilène à ceux de la Rome fellinienne. 

Comédienne mutine souvent passée par la chanson, réalisatrice (le film Capitaines d'Avril) attachée à l'histoire des révolutions, Maria de Medeiros pétille sur le ludisme enfantin et contestataire de La Pappa col pomodoro (gros tube en Italie, en 1964), aux paroles signées par la cinéaste féministe Lina Wertmüller. 

Devant autant à l'expressionnisme allemand qu'à la tradition de Broadway, Ute Lemper pose sa voix astrale sur le romantisme stellaire d'une des plus célèbres chansons de Rota, Ai Giochi Addio, tiré du Roméo et Juliette de Franco Zeffirelli. 

Comme un hommage aux influences réciproques qu'ont pu s'échanger le Brésil et le compositeur milanais, Adriana Calcanhoto _ une des voix les plus délicates et novatrices de la MPB _ reprend Gelsomina, écrite sur le thème de La Strada, jadis interprété par Caetano Veloso. 

Vedette intense du tango, Susana Rinaldi théâtralise à plaisir Amor Incantator, avec un Gioia ravi d'accentuer la passion dévorante de ce pas de deux argentins. 

Elevée aux voix de la soul, Sharleen Spiteri attire Speak Softly Love vers le jazz, comme si les racines siciliennes de la chanson du Parrain prenaient souche au Cotton club, en écho à la thématique italo-américaine du film de Coppola. 

C'est Fred Chichin qui a choisi de faire interpréter l'étrange Belfagor Stomp par Catherine Ringer. Cette chanson écrite en anglais par Fellini lui-même (la seule dont il ait jamais été l'auteur !) pour le psychédélique Juliette des esprits, trace une mélodie lysergique appelant à des fantasmes cousins de ceux du rock. 36 ans après Dalida, la Française interprète également un Parle plus bas, toute en puissance émotive. 

Conformément au souhait de Fred Chichin, un anglo-saxon a mixé cet album. Américain aux références éclectiques (Jeff Buckley, Dylan, Public Enemy et beaucoup de musiques de films), Chris Shaw a su concilier le raffinement d'arrangements quasi cinématographiques et le tranchant d'une dynamique contemporaine pour parer cet album d'une élégance intemporelle. 

Après un premier spectacle Rendez-vous chez Nino Rota, donné à Naples, le 12 juin 2008, avec quelques-unes de ses invitées, et un concert mémorable, en duo avec Catherine Ringer, dans les jardins du Palais-Royal, à Paris, à l'occasion de la Fête de la musique, Mauro Gioia doit reproduire l'expérience au théâtre de l'Odéon. Inclus dans l'édition limitée de l'album, un DVD présente un condensé du concert de Naples où Martirio, Maria de Medeiros, Catherine Ringer et Mauro Gioia élargissent le répertoire du disque à d'autres reprises de Rota _ The Sweet Life, Le Grand chemin, Che scherzi fa l'amore, Le Bidon... _. Comme pour prolonger la magie de ce Rendez-vous.

   

   

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Mauro Gioia
Mauro Gioia