Korey Dane

Korey Dane

Prufrock tenait l’Empereur de la crème glacée par le cou lorsque le rugissement d’une Triumph Speed Twin de 1937 leur fit oublier pourquoi ils se battaient. Un skateboarder anglo-cherokee-japonais entra dans la pièce : “Je m’appelle Korey Dane et vous vous comportez tous les deux comme des gamins”.

Il arrivait de Joshua Tree où son père retapait une berline Chevrolet de 1953. “J’ai mis mon skateboard de côté, Messieurs, et j’ai pris une guitare à la place. J’ai compris que le skate ne me permettrait pas de m’exprimer comme je l’entendais, et honnêtement, rien ne me fait plus pleurer que les trois accords mineurs.” Ils poussèrent ce qu’il y avait sur la table pour servir une tournée d’ Old Pulteney, et Korey Dane se mit à raconter son histoire, marquée par le malheur et la rédemption.

“J’ai vingt-cinq ans. Ma mère m’a passé ‘A l’Est d’Eden’ lorsque j’en avais douze et je n’ai plus jamais été le même. Elle non plus. Mes parents sont partis dans des directions opposées. Ma mère a répondu à l’appel du milieu universitaire et mon père a roulé dans le désert jusqu’à ce que sa voiture tombe en panne d’essence. Il a alors posé ses valises. J’ai titubé au départ… et râlé. Mais quatre roues ont fini par m’emmener où je voulais aller. Il m’est arrivé de pousser le bouchon un peu trop loin, mais c’est bon. Je suis devenu meilleur à ce jeu. Lera dit que j’ai encore du chemin à faire. Merde alors, elle est originaire d’Ukraine, elle doit savoir de quoi elle parle.”

“Par chance, j’ai entendu et vu des choses : Tom Waits, Bruce Davidson, Bob Dylan, Joni Mitchell, Aaron Embry, les Beatles et les Stones, Blake Mills, Mark Gonzales, Karen Dalton et les Replacements. Traverser ce pays en stop revient à répondre en soixante-douze jours à la question : ‘Qu’est-ce qui pourrait arriver de pire ?’ Eh bien, j’ai réuni pas mal de réponses à cette question. Mais la meilleure chose qui me soit finalement arrivée est que je suis revenu chez moi. Ecoutez-moi, je suis Dorothy Gale !”

“C’est à la maison que j’ai décidé de prendre position. Orville Gibson et Ernie Ball ont été mes premiers complices. Nous avons été séquestrés pendant deux ans avant de décider, d’un commun accord, de mettre le nez dehors. J’ai joué devant des amis et aucun ne m’a frappé. J’ai commencé à penser que ça pouvait marcher.”

“J’ai roulé quelques clopes et me suis mis au travail. J’ai écrit une centaine de chansons… trois tenaient la route. Et puis, j’ai dormi pendant trois jours. Me suis réveillé et en ai écrit cent de plus. Cette fois, il y en avait deux qui valaient le coup. Ça n’allait pas fort. Et j’ai rencontré des gens. Ils étaient super. Encourageants. Ils m’ont dit qu’ils étaient persuadés que je pouvais mieux faire. Ils m’ont présenté à un type, cruel, qui m’a fait faire des choses qu’aucun homme ne devrait avoir à faire. La scansion, la modulation, l’apprentissage des games chromatiques… Il était méchant et impitoyable.”

“Mais je suis là. Ouvert à tout ce qui peut se présenter. Messieurs, vous êtes tous les deux plus âgés désormais. Allez retrouver vos femmes et vos familles. Je me sens prêt.”

Les trois partirent dans des directions opposées. Prufrock et l’Empereur sont de l’histoire ancienne.

Korey Dane est là, devant votre porte.

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Korey Dane - Music Videos
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