Jim-E Stack

Jim-E Stack

Jim-E Stack vient de loin. Elevé dans les environs culturellement riches de San Francisco, l’artiste né James Hamon Stack, maintenant basé à Brooklyn, a fait ses classes en jouant de la batterie dès son plus jeune âge. Passionné de jazz, il joue dans le groupe de son lycée et dans des formations locales, mais ce n’est qu’en accédant à la production solo qu’il trouve la liberté nécessaire pour écrire et enregistrer à sa manière. En 2008, il travaille sur des beats hip hop inspirés de DJ Premier et J Dilla, colorant ces esquisses sur Logic avec des pointes de UK grime et de sons de clubs de Baltimore à la Blaqstarr et Karizma. Son destin prend vraiment forme quand il commence à se faire une place dans les clubs en 2009, avec un set au fameux 222 Hyde de San Francisco, monté par Kingdom de Fade to Mind. « Cette expérience m’a ouvert les yeux… C’était tellement multidimensionnel », dit Jim-E Stack.

Le jeune artiste profite à fond des possibilités que lui offrent des DJ sets totalement libres et une club music hybride. Il déménage de la Côte Ouest à New Orleans où il s’inscrit à Loyola University pour étudier la technologie et la production musicales. Il se fait remarquer pour la première fois avec une version très portée sur la basse du ‘Mirage’ de Nguzunguzu, qui sera sa première sortie officielle. Sorti en 2001, son EPCome Between est très centré sur la batterie et lui vaut le soutien de DJs et de tastemakers partout dans le monde, comme DJ Benji B de BBC Radio 1 qui passera le EP en entier dans son émission.

Après avoir emménagé à New York en 2012, James se lie vite d’amitié avec Shlohmo et son crew Wedidit, fréquente les raves de Lit City au 285 Kent, et entame le long processus d’écriture de son premier album. Mais il se sent prisonnier du format DJ et cherche une approche beaucoup plus large. Ses nouveaux amis lui donnent un bon conseil : « Shlohmo m’a dit de juste ‘faire du moi’ », se souvient Stack. « Il m’a conseilé d’arriver à retrouver la sensation qu’on a quand on commence juste à faire de la musique, quand on n’a rien à penser et que rien n’a d’importance au-delà de ce qu’on aime et ce qu’on n’aime pas. De jouer juste pour soi. Et je me suis lancé ».

Ce qui nous amène au captivant album Tell Me I Belong de Jim-E Stack, 10 morceaux divers formés sur des mois et des mois de maquettes, d’affinage et de développement du meilleur issu d’une trentaine d’idées. L’album s’est étoffé en regardant autant en arrière qu’en avant. Comme dit Stack : « Je travaillais sur un morceau et je me disais ‘Tiens, le son de caisse claire de ce disque de musique Africaine que j’ai acheté quand j’étais au lycée serait bien là-dessus’. Et je fouillais dans le bordel de mes disques durs en cherchant ce son ». Un fil rouge relie les samples de piano plaintifs du morceau d’ouverture ‘Somewhere’, les minimalistes et dynamiques ‘Run’ et ‘Out of Mind’, et la résonnance émotionnelle et dansante de chansons comme ‘Reassuring’ et ‘Is It Me’. Le rythme excitant a beau suivre le train d’un batteur expérimenté, ce sont les tournoiements de claviers et les orgues nerveux qui vous attirent vers ce groove élastique. Dans chaque recoin de Tell Me I Belong, on entend un artiste qui révère autant les artistes de jazz classique comme John Coltrane et McCoy Tyner que les pionniers expérimentaux comme Steve Reich, les géants de la techno de Detroit comme Omar-S et Robert Hood, et les pousseurs de limites actuels comme Arca, Oneohtrix Point Never et Actress.

L’aérien et discret ‘Wake’ conclue l’album sur une note pensive et positive et, comme le doux interlude ‘Everything to Say’, révèle les lames de fond qui forment Tell Me I Belong. « Plus que tout, ça parle de choses très personnelles », dit James sur les thèmes abordés dans ce premier LP. « La période où j’ai quitté San Francisco et avant d’arriver à New York a été très difficile pour moi, et la musique reflète ça, le sentiment de ne pas en être ». La musique a beau parler d’un genre d’aliénation, elle offre l’opportunité d’une expérience collective avec des sons de dancefloor puissants. Cette juxtaposition décomplexée est la force vive de Tell Me I Belong, ce que Jim-E STack appelle « une image de moi ».

Albums